> Tribune libre de Mgr Alain Castet, évêque émérite de Luçon
Évêque émérite de Luçon, Mgr Alain Castet a conféré le 30 juin dernier les ordres mineurs aux séminaristes de l’Institut du Christ Roi Souverain Prêtre. Dans l’homélie qu’il a prononcée à cette occasion, il en donne le sens spirituel et symbolique, lequel complète admirablement le « Plaidoyer pour le rétablissement du sous-diaconat » de l’abbé Thierry Blot, publié dans notre numéro 1864.
Nous remercions Mgr Castet et l’Institut du Christ Roi Souverain Prêtre de nous avoir autorisés à publier cette homélie.
Chers Séminaristes,
Vous avez été choisis et appelés par Dieu. N’oubliez jamais le regard bienveillant et miséricordieux que le Seigneur a posé sur vous. À la suite d’un discernement opéré par l’Église et vos supérieurs, vous avez rejoint le séminaire de l’Institut du Christ Roi Souverain Prêtre. Vous parcourez désormais le chemin exigeant qui vous conduira, si Dieu le veut, à recevoir dans quelques années, l’ordination sacerdotale.
Gardez toujours en mémoire la grande dignité de cette vocation et de cet état de vie. Par la personne et le ministère du prêtre, Le sacrifice rédempteur de notre Sauveur, le saint sacrifice de la Croix, est rendu présent en tout lieu et à toutes les générations. Par sa médiation, le Bon Pasteur conduit son troupeau aux sources des eaux vives. Grâce à lui, retentit au sein de la communauté humaine la voix salutaire du Maître, qui enseigne chacun avec autorité et exigence et nous conduit sur les justes chemins. Par lui encore, est offerte la miséricorde infinie de Dieu.
Ce ministère, vous le savez, ne peut s’accomplir que dans l’union à Dieu. La fidélité à la consécration indélébile qui est la marque de l’être sacerdotal demande le don total d’une vie vouée au service de ses frères. Puisque la mission du prêtre est de conduire tous les hommes aux portes de l’éternité, dans la fidélité à celui qui, comme l’enseigne l’Apôtre, dans la première lettre à Timothée : « veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité » (1 Tim 2, 4), il devient, par sa prédication, la voix du maître : « Venez à moi, vous tous qui avez soif ! » (Jn 7, 37).
Ainsi, il n’est pas indu de proclamer que tout prêtre est au service du bien commun, un bien suprême qui passe infiniment et comble les désirs et les espérances humaines.
Comment ne pas tourner nos regards vers la Croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ. L’enseignement du Sauveur avertit, sans aucune dissimulation : « La Coupe que je vais boire, vous la boirez » (Mt 20, 23). Ainsi, la source de toute fécondité est clairement désignée : « Si le grain de blé qui qui tombe en terre ne meurt pas, il reste seul. Si au contraire il meurt, il porte du fruit en abondance » (Jn 12, 24). Seule l’union à Dieu, dans l’oubli de soi-même, permet de ne pas rendre vaine cette parole de l’Apôtre : « Ce n’est plus moi qui vis, mais c’est le Christ qui vit en moi » (Gal 2, 20).
Ainsi, celui qui se prépare à recevoir l’ordination sacerdotale doit non seulement mener une vie droite, conforme à l’Évangile, mais il est appelé plus radicalement à être spirituellement configuré à celui qui l’a appelé, malgré son indignité. Chassons la crainte, et franchissons, avec sa grâce, le pas proposé par Jésus au jeune homme riche : « Jésus le regarda et l’aima. Il lui dit : une seule chose te manque. Va, vends ce que tu as, et donne-le aux pauvres ; ainsi tu auras un trésor au ciel, puis viens et suis-moi ». (Mc 10, 20)
Chers Séminaristes, au jour où vous êtes tonsurés, vous manifestez aux yeux de tous que Dieu est votre tout, qu’il est votre héritage. En entrant dans l’état clérical, puissiez vous persévérer et toujours témoigner du don de votre personne, dans l’anticipation de la réception des saints ordres.
Le long parcours de formation que vous accomplissez est jalonné d’étapes qui constituent comme des petits « noviciats » différents. Ainsi, par degrés, vous êtes appelés à acquérir les qualités qui constituent « l’ornement » de la vocation sacerdotale.
• Portier
• Lecteur
• Exorciste
• Acolyte « Les ordres inférieurs sont des degrés par lesquels on monte et on parvient au sacerdoce, qui est appelé par les Saints Pères la plus haute de toutes les dignités. Ces noviciats dont elle se sert sont les saints ordres, dont les quatre premiers sont appelés moindres, parce que leurs fonctions, quoique infiniment plus relevées que toutes celles des autres conditions de la terre, ne sont pas néanmoins si importantes ni si divines que celles des autres ordres, qui sont appelés majeurs ou sacrés. » Jean-Jacques Olier, Traité des saints ordres
Le ministère de portier
En recevant ce matin le ministère de portier, vous êtes appelés à accueillir la communauté des fidèles du Christ, mais aussi à soutenir ceux qui viennent à la rencontre du Seigneur. Dans son traité des saints ordres, Monsieur Olier qualifie les sens de ce ministère : « Appelez les bons, excitez les languissants, échauffez les tièdes ». Vous devrez toutefois toujours vous souvenir que Jésus-Christ demeure la véritable porte et le véritable portier : « Je suis la porte ; si quelqu’un entre par moi, il sera sauvé » (Jn 10, 9)..
L’époque où nous vivons apparaît bien souvent, malheureusement, comme celle de l’oubli de Dieu. Le Seigneur s’y révèle toujours comme celui qui part inlassablement à la recherche de la brebis égarée. Lui, le maître de l’inattendu, demeure capable de rejoindre celui qui est le plus loin, pour le conduire aux sources de la vie. Tous ceux qui accompagnent les catéchumènes adultes en sont aujourd’hui les témoins émerveillés et reconnaissants. Puis-je me permettre, comme une parenthèse, une anecdote afin de souligner que toute initiative appartient au Maître.
Il y a plusieurs décennies, alors que j’étais vicaire paroissial à Paris, j’ai reçu la responsabilité du catéchuménat des adultes. Un jour, alors que j’étais de permanence, je vois apparaître dans mon bureau un monsieur fort digne, d’origine asiatique. Il me dit être professeur des universités et demande le baptême. Tout naturellement, il me confie son itinéraire : enseignant à Pékin à l’époque de la Révolution culturelle en 1966, il est pris dans la tourmente révolutionnaire et devient la victime d’un jugement hâtif.
Déporté dans un camp, il reçoit toutes sortes d’enseignements incessants, censés le rééduquer. Un jour, l’un d’entre eux porte sur le caractère prétendument inepte du christianisme. Il est tellement surpris par la faiblesse de l’argumentation et l’outrance des caricatures, qu’il se promet, s’il recouvre un jour la liberté, de se renseigner sur la réalité du message évangélique. Bien des années après, il peut se rendre à Hong Kong, territoire encore libre, où il reçoit une charge dans l’enseignement supérieur. Il est conduit à voyager et à participer à divers congrès. Arrivé en France,il se propose d’approfondir sa connaissance du christianisme.
Pour ce faire, il se rend à l’abbaye de Solesmes. Là, bouleversé par la beauté de la liturgie et par la solidité des enseignements, il choisit enfin, bien des années après, de recevoir le baptême. Considérez la délicatesse de Dieu qui ne manque pas d’humour : cet homme a été conduit jusqu’à la foi chrétienne à partir d’un discours qui prétendait la détruire ! Vous ne serez peut-être pas tous les jours témoins de telles situations singulières, mais vous serez conduits à accueillir l’initiative de Dieu et à considérer, avec humilité, combien nous sommes les serviteurs inutiles du portier véritable.
Aujourd’hui, le ministère qui vous est confié peut vous paraître bien modeste, mais souvenez-vous qu’il n’y a rien de petit dans l’Église. Recevant dans quelques instants les clés de la maison de Dieu, souvenez-vous des paroles du Seigneur à l’apôtre Pierre : « Je te donnerai les clés du Royaume des cieux : tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux » (Mt 16, 19).
Aujourd’hui, vous participez modestement à la dignité de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Vous vivrez la plénitude de cette promesse au lendemain de votre ordination sacerdotale. Dès cette première étape, vous êtes invité à un grand détachement afin de mieux accueillir l’œuvre de Celui qui est la porte, et à acquérir un zèle ardent pour la maison de Dieu.
L’ordre de lecteur
Recevant entre vos mains l’Écriture sainte, chers lecteurs, vous accueillez l’un des trésors les plus précieux confiés à son Église par Notre-Seigneur. Par elle, sa Parole demeure toujours agissante et vivante. Par elle, sa volonté et ses enseignements sont dévoilés. Plus tard, si Dieu le veut, au lendemain de votre ordination sacerdotale, c’est vous qui exposerez et désignerez au peuple de Dieu les chemins du Salut. Vous proclamerez l’Espérance bienheureuse.
L’ordre que vous recevez ce matin vous oblige : Il vous invite fermement à devenir l’auditeur attentif de cette Parole et à la méditer, je dirais même à la ruminer et à l’intérioriser. Souvenez-vous toujours que c’est le Seigneur lui-même qui, selon le mot de l’évangéliste saint Luc, nous ouvre à « l’intelligence des Écritures » (Lc 24, 25).
Le psaume 18 exprime avec délicatesse le bonheur que nous éprouvons dans la méditation de l’Écriture sainte : « Tes paroles, Seigneur, sont esprit et vie. La loi du Seigneur est parfaite, qui redonne vie ». Et plus loin : « les préceptes du Seigneur sont droits, ils réjouissent le cœur ». Ce trésor sans prix mérite que l’on lui manifeste un profond respect. Acquérir cette attitude intérieure vous prépare à faire entendre la parole de Dieu au peuple rassemblé.
Ainsi, écouter, entendre et recevoir la parole de Dieu, implique un désencombrement de soi-même, un éloignement des bruits du monde, mais aussi une pureté de l’âme qui permettent à l’œuvre de Dieu de se réaliser en nous. En méditant et en lisant les Saintes Écritures, nous percevrons ainsi que c’est véritablement Jésus-Christ qui nous parle. Cette conviction profonde nous conduit à honorer les Saintes Écritures par divers gestes et signes de vénération au cours de la sainte liturgie.

Les lecteurs ont reçu la fonction de proclamer l’un des trésors les plus précieux de l’Église : la Parole de Notre-Seigneur. © ICRSP
L’ordre d’exorciste
En son nom, Jésus donne aux apôtres la grâce de vaincre le mal. « Et voici les miracles qui accompagneront ceux qui auront cru en mon nom : ils chasseront les démons, ils parleront de nouvelles langues, ils prendront des serpents dans leurs mains et s’ils boivent quelque breuvage mortel, il ne leur fera point de mal ; ils imposeront les mains aux malades et les malades seront guéris » (Mc 16, 17-18).
Ce matin, en devenant exorcistes, vous participez, quoique de manière encore incomplète, à la mission salvatrice confiée aux apôtres. Ce pouvoir de vaincre le mal ne peut être exercé qu’au nom de Jésus, lui qui donne à ceux qu’il a choisis de parler et d’agir « avec autorité » (Lc 4, 32). Comment ne pas nous appuyer sur celui qui a détruit le dernier ennemi, la mort, par son obéissance, par le saint sacrifice de la Croix, au jour de la résurrection bienheureuse. En vous procurant le secours de sa puissance, Dieu vous permet déjà d’entreprendre le combat avec confiance, persévérance et courage.
Lorsque, plus tard, il vous donnera de célébrer des baptêmes, vous chasserez les démons du cœur des hommes ; dans le sacrement de pénitence, vous les éloignerez de l’âme des fidèles, comme Jésus le fit lui-même lorsqu’il délivra les pécheurs. Vous serez alors les témoins émerveillés de la force de Dieu. Comprenez ce que vous recevez aujourd’hui comme une initiation à ce que vous vivrez alors. Voyez les conséquences du don qui vous est fait : si vous souhaitez véritablement l’exercer, le mettre en œuvre, il importe que vous soyez attentifs à la pureté de votre vie et à la sainteté de vos actes qui ne peuvent que déconcerter l’auteur du Mal.
Vous veillerez ainsi tout particulièrement à la rectitude de votre conduite et à la droiture de vos intentions. Vous serez particulièrement attentif à cultiver l’humilité, afin que le Malin ne trouve aucune prise dans votre âme. Le chemin est à la fois exigeant et simple : appuyez-vous sur le Seigneur et confiez-vous à lui. Souvenez-vous enfin du conseil que Jésus donne à ses amis, aux jours d’épreuve : « ce genre de démon ne se chasse que par la prière et le jeûne » (Mt 17, 20). Lorsque l’entreprise vous paraîtra insurmontable, tournez les yeux vers celui qui est vainqueur de tout mal. Ne désespérez jamais, gardant à l’esprit le triomphe de la Croix.
L’ordre de l’acolytat
L’ordre de l’acolytat, par la fonction qu’il permet d’exercer dans la sainte liturgie, manifeste aux yeux du peuple chrétien que le Christ est la « lumière du monde ». (Jn 8, 12). L’acolyte reçoit la mission d’éclairer tous les hommes, non seulement par la parole, mais aussi par les bonnes œuvres. « Que votre lumière brille aux yeux des hommes, afin que voyant vos bonnes œuvres, ils glorifient le Père qui est dans les cieux » (Mt 5, 16). La lumière évoquée ici par l’Écriture sainte, est à la fois intérieure et extérieure : elle désigne la qualité des dispositions spirituelles, ainsi que la sainteté manifeste des œuvres accomplies.
Parmi les dispositions intérieures, Monsieur Olier distingue particulièrement la modestie qui permet au serviteur de Dieu, dit-il, de « devenir un prédicateur muet, mais puissant en vertu ». Déjà, par les signes qui sont donnés au jour de cette ordination, l’acolyte est associé à l’offrande du sacrifice eucharistique. Il convient qu’il manifeste par sa profonde piété et son recueillement le grand respect qui est dû au Saint-Sacrement de l’autel.
La modestie de son service le conduit à emprunter le chemin désigné par Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui enseigna ses disciples en disant : « si quelqu’un veut être le premier, qu’il soit le dernier et le serviteur de tous » (Mt 20, 27) En cela, vous acquérrez les dispositions qui vous permettront de recevoir plus tard l’ordre du sous-diaconat.
Puis-je vous laisser à tous, pour conclure, cette prière faite à l’intention des serviteurs de Dieu dans la liturgie byzantine. Elle demande au Seigneur de donner à ceux qu’il a choisis, « d’aimer la splendeur de sa maison, de se tenir devant la porte de son Saint Temple, et d’allumer la lampe du tabernacle de sa Gloire ».
Que Dieu achève en vous ce qu’il a commencé.
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