« Vous avez un nouveau message » L’Annonciation : un ange, un fiat et un mystère

Publié le 25 Mar 2023
annonciation

Souvent fêté dans la dernière ligne du carême, le 25 mars nous ouvre à la contemplation du mystère de l’Annonciation. A l’heure des spams qui polluent les boîtes mails et les notifications qui inondent les téléphones, intéressons-nous à un message sans nul autre pareil.

 

Quelle est donc la phrase la plus historique, la sentence la plus fameuse ? « Toi aussi mon fils » de César à son fils Brutus ? « Dieu de Clotilde, si tu me donnes la victoire, je me ferai chrétien » prononcée par Clovis lors de la bataille de Tolbiac ? Ou bien « Il n’y a point de place faible, là où il y a des gens de cœur » clamée par le chevalier Bayard ? Voire « L’état, c’est moi » attribuée à Louis XIV ou le cynique « Je vous ai compris » d’un De Gaulle prêt à tout pour revenir au pouvoir ?

Avec la Foi, la phrase la plus décisive qui fut jamais dite ici-bas est bien la salutation angélique contenue dans la première partie du « Je vous salue Marie » et le fiat de Marie la Très sainte qui s’ensuivit. Oui, ces mots mirent véritablement le feu aux poudres de l’histoire de notre rédemption.

La puissance d’un nom

Pour mieux saisir la profondeur d’un message, en comprendre la substantifique moelle, il est précieux de s’intéresser en premier lieu à celui qui le délivre : le messager. Non, « Gabriel(le) » n’est pas d’abord l’une des collines de Dien-Bien-Phû tombée aux mains des vietminh et évoquée par Jean-Pax Méfret dans l’un de ses titres les plus célèbres.

Gabriel, évidemment, c’est d’abord le nom de l’Archange qui remplit à la demande de Dieu l’une des missions les plus formidables de l’histoire de l’humanité. Gabriel, tout un programme en sept lettres. L’attribution des prénoms aux nouveau-nés d’aujourd’hui a perdu de son épaisseur. Aux temps bibliques, le choix du nom avait un sens éminent. A cet égard, chez Dieu qui nomme les anges, rien n’est laissé au hasard. Si Michel signifie « Qui est comme Dieu ? » et Raphaël « Remède de Dieu », Gabriel, lui, veut dire « Force de Dieu ».

La Force est un don du Saint Esprit. Elle inspire de l’énergie et du courage pour suivre fidèlement l’enseignement du Christ et de l’Eglise dans les choses difficiles. Elle aide l’âme à surmonter les obstacles, les dangers, les attaques des ennemis de Dieu. Monseigneur Gay, qui fut théologien du pape Pie IX au concile Vatican I, affirmait que « la force est la vertu qui manque le plus à la jeunesse ». Sans doute constitue-t-elle pourtant celle qui lui serait la plus précieuse.

L’archange Gabriel est donc venu porter à une jeune fille de Nazareth un message tout à fait inédit. Il annonce à la Vierge Marie que Dieu l’appelle à devenir la mère du Sauveur.  Cette réalité de la venue du Messie appartenait à la Foi d’Israël. Les jeunes filles juives, par leur formation religieuse, savaient qu’un jour l’une d’entre elles allait être choisie pour accomplir cette prodigieuse mission. Être appelée par Dieu à cette responsabilité relève donc d’une dimension tout à fait bouleversante pour qui l’entend.

« Si le chrétien a peur de son ombre, comment pourra-t-il transmettre la lumière ? »

Plus de deux millénaires après ce message atomique, l’Annonciation reste un mystère hautement profitable à contempler. Gabriel, au-delà du temps, demeure un exemple à suivre, un modèle à imiter. En effet à notre tour, nous avons un rôle de messager à tenir. Nous sommes appelés à annoncer le Christ et son message de salut autour de nous.

Quel que soit notre état de vie ou notre situation professionnelle ou le degré de notre sainteté intérieure : si nous sommes chrétiens, nous ne pouvons rester bouche close. Un baptisé possède dans son âme un trésor à transmettre. Il ne peut être question de le garder pour nous. Nous sommes appelés, tous et chacun, à témoigner de notre filiation divine.

Conviés à tenir le rôle d’annonciateurs des messages divins, demandons-nous si nous avons des choses à dire à la société. D’autant plus à une société qui prône l’oubli de Dieu. Si le chrétien a peur de son ombre, comment pourra-t-il en effet transmettre la lumière ?

L’Archange Gabriel, pour asseoir son message et le rendre audible prévient la Vierge : « Ne craignez pas » et l’avertit : « Rien n’est impossible à Dieu ».

« Ne craignez pas » : Nous aussi, nous devons prévenir notre auditoire. Une prévenance empreinte de charité : prévenir de ne pas avoir peur du message de l’Eglise. De ne pas avoir peur de la radicalité évangélique. Ne pas craindre de se laisser habiter par Dieu et de se consumer pour Lui.

« Rien n’est impossible à Dieu » : parce que Dieu récompense toujours la fidélité. Ses vues vont bien au-delà de nos propres horizons. Là où la raison humaine tente de tout saisir, ou cherche à tout maîtriser, voire réclame de garder la main, Dieu, Lui, donne habituellement la mesure de sa puissance en réalisant l’impossible.

Ainsi, Il cherche à nous dire « apprend à lâcher prise de temps à autre, n’oublie pas qui je suis, ne crois pas que c’est toi qui maîtrises au premier chef la situation. L’argument de la confiance totale et absolue à Dieu est très certainement le plus audacieux. Il est celui qui réclame en même temps le plus de Foi. Car oui, rien n’est impossible à Dieu, c’est pourquoi le message de la Foi est ne peut nous effrayer. « Ne crains pas ! ». Ne pas avoir peur et croire de façon stable et solide à la toute-puissance de Dieu, voilà ce qui est en mesure d’ouvrir des champs apostoliques inimaginables !

Annonciation perpétuelle

A la fin de l’encyclique Spe Salvi sur la vertu d’espérance, le pape Benoît XVI évoque l’attitude intérieure de la Très Sainte Vierge Marie lors de l’épisode de la Visitation et l’image qu’elle représente alors en allant porter à sa cousine le grand message de sa maternité divine :

Par vous, par votre « oui », l’espérance des millénaires devait devenir réalité, entrer dans ce monde et dans son histoire. Vous, vous êtes inclinée devant la grandeur de cette mission et vous avez dit « oui » : « Voici la servante du Seigneur; que tout se passe pour moi selon ta parole » (Lc 1, 38). Quand remplie d’une sainte joie vous avez traversé en hâte les monts de Judée pour rejoindre votre parente Élisabeth, vous devîntes l’image de l’Église à venir qui, dans son sein, porte l’espérance du monde à travers les monts de l’histoire. (Spe salvi n°50)

Ainsi la Très Sainte Vierge Marie et le message qu’elle porte représente la chrétienté en marche qui a chevillé à l’âme l’annonce d’une promesse extraordinaire : « Gloire à Dieu et paix aux hommes qui observent la volonté de Dieu : le Salut leur est promis ! »

Bien-sûr notre vie d’union à Dieu passe par la prière personnelle qui nous donne de parler à Dieu, par la fréquentation des sacrements qui nous offre la possibilité de Le laisser entrer dans notre âme, par l’esprit de mortification qui nous configure à sa Sainte Passion et en poursuit les fruits, par la lecture de livres qui habitue notre imaginaire à des exemples édifiants, par la formation doctrinale qui charpente notre intelligence et lui manifeste la cohérence de notre Foi.

Mais cela n’est pas tout. L’un des objets de notre vie chrétienne consiste aussi à sortir de nous-même pour nous unir à Dieu et emporter avec nous notre prochain. Ou pour mieux dire, une fois bien rempli des idéaux saints de la religion chrétienne et bien structuré par l’enseignement de l’Eglise, à déborder autour de nous pour communiquer les biens divins et contribuer à ce que notre prochain viennent s’y rassasier.

L’annonce faite à Marie et son fiat, assurément, nous indiquent la voie. Nous avons un message à porter. Notre noblesse se tire de là. « Malheur à moi si je n’annonce pas l’évangile ! » (I Cor 9, 16). A nous de prendre de conscience que Dieu compte sur nous pour continuer l’œuvre de Saint Gabriel. Une Annonciation perpétuelle en somme.

 

A lire également : Saint Gabriel, le Community Manager de Dieu qui nous dit comment être un apôtre

Père Danziec +

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