À l’amour par la confiance, la petite voie de sainte Thérèse

Publié le 25 Oct 2023
Sainte Thérèse de Lisieux amour et confiance

Célébrations du 150e anniversaire de la naissance de sainte Thérèse, à Lisieux

À l’occasion du 150e anniversaire de la naissance de sainte Thérèse de l’E. J., le Pape vient de consacrer une très belle exhortation apostolique, intitulé C’est la confiance, sur la carmélite de Lisieux. Dans ce texte, il y a un ou deux points qui peuvent être mal compris. Comme toujours, ils doivent être interprétés à la lumière du Magistère constant et universel de l’Église, dans une ligne d’herméneutique de continuité et non de rupture. Il y a ainsi le passage sur les moralistes et les dogmaticiens. Rappelons que Thérèse a toujours cru en l’existence d’actes intrinsèquement mauvais, à l’encontre de nos moralistes modernes qui refusent l’enseignement de Veritatis splendor.

D’autre part, se souvenant de la réponse du diacre Philippe, Thérèse, selon le sensus fidei le plus sûr, a toujours professé un credo doctrinal, qui lui a permis de rencontrer personnellement Jésus et de lui demeurer fidèle. L’Église a toujours pensé ainsi. Après chaque concile, les papes ont cru bon de proclamer une solennelle profession de foi. Ainsi Paul VI, comme l’avait fait Pie IV pour le Concile de Trente, proclama-t-il, en 1968, la solennelle profession de foi du Peuple de Dieu. Ces remarques préalables faites, nous pouvons examiner en détail l’exhortation apostolique.

 

La confiance conduit à l’amour

Dans une introduction, le Pape affirme, en citant Thérèse, que la confiance et rien que la confiance conduit à l’amour (n°1). En effet, le génie de sa spiritualité (n°2) vient du fait que la confiance nous soutient chaque jour (n°3). De fait, elle a approfondi dans le sens catholique, ce qu’avait déjà entrevu Luther ; mais son humilité l’a préservée de l’erreur, alors que Luther s’est enfoncé dans son orgueil.

Et au blasphème du « pèche fortement, mais croit encore plus fort », Thérèse a répondu : « Quand bien même j’aurai sur ma conscience les plus péchés du monde, je me précipiterai dans les bras de Jésus miséricordieux ». C’est sans doute là qu’il faut trouver la raison de sa popularité, avec aussi la pluie de roses promise dont le Pape parle au n°42.

Car Thérèse est l’une des saintes les plus connues et les plus aimées du monde entier (n°4). On peut à ce propos se poser une question : pourquoi sainte Élisabeth de la Trinité, qui a eu pourtant une vie très semblable, est-elle beaucoup moins connue et pourquoi le Magistère a-t-il peu parlé d’elle ? Nous n’entrerons pas dans le secret du roi, mais on pourrait trouver dans la vie des saints de nombreux exemples similaires : en rapprochant par exemple sainte Catherine de Sienne et sainte Brigitte.

La lumière et l’amour extraordinaire qui rayonnaient de la personne de Thérèse (n°5) sont presque devenus légendaires. Les papes (n°6), depuis saint Pie X disant de Thérèse qu’elle était la plus grande sainte des temps modernes jusqu’au Pape François, ont tous parlé d’elle. Mais deux papes surtout ressortent : Pie XI et Jean-Paul II, ce dernier proclamant Thérèse Docteur de l’Église.

 

La sainte patronne des missions

Dans la première partie, le Pape développe le thème de Jésus pour les autres (n°7 à 13). Il commence par évoquer les deux mystères contenus dans le nom choisi par Thérèse : la Rédemption avec la mention de la Sainte Face et l’Incarnation avec le nom de l’Enfant Jésus (n°7). Il faut reconnaître que le nom de Jésus fut la respiration continuelle de Thérèse. Jésus fut toujours perçu par elle comme un acte d’amour (n°8).

C’est Jésus qui lui donna une âme vraiment missionnaire (n°9 à 11) : son expérience de foi l’appela à la mission (n°9) et elle remplit cette tâche à merveille, puisque, tout en restant dans son cloître, elle est devenue la patronne des missions. Toute sa vie durant, elle fut missionnaire, cela est particulièrement manifeste dans son Testament missionnaire (n°10). Chez Thérèse, l’amour pour Jésus a pris une couleur vraiment sponsale : Jésus était l’époux et elle l’épouse du Cantique des Cantiques (n°11). Et le Pape insiste alors sur la grâce qui nous libère de l’auto-référentialité (n°12-13), sur l’action du Saint-Esprit en elle (n°12), et sur sa fidélité à la grâce de son baptême (n°13).

 

La petite voie de la confiance

Dans la deuxième partie, le Pape analyse la petite voie de la confiance et de l’amour (n°14 à 29) : l’image de l’ascenseur, que sont les bras de Jésus, illustre la petite voie de Thérèse (n°14-15) ; pour prendre l’ascenseur et rester fidèle à Jésus, il faut toujours rester petit (n°16). Marcher sur la douce voie de l’amour nécessite que l’on reste petit avec les mains vides de mendiant de la grâce. (n°17).

Au-delà de tout mérite au sens pélagien, mais avec une pleine confiance et collaboration dans la grâce, (n°18 à 21), la petite voie de Thérèse ne contredit en rien l’enseignement catholique traditionnel sur la croissance de la grâce (n°19), car elle met sa confiance et son cœur hors de soi-même et les place en l’infinité de la miséricorde divine (n°20). Cette confiance encourage ceux qui sont fragiles (n°21). C’est pourquoi la sainte fut si populaire.

C’est cette même confiance qui détermina l’attitude de Thérèse envers l’Eucharistie : elle veut communier, non pour elle-même, mais parce que Jésus veut demeurer en elle (n°22). Cet abandon est quotidien, car à chaque jour suffit sa peine (n°23-24), mais il s’applique en fait à toute la vie (n°23). La vraie confiance nous libère des calculs obsessionnels, de l’inquiétude et de l’angoisse constantes, en un mot de toutes les peurs qui enlèvent notre paix (n°24). Elle devient un feu au milieu de la nuit (n°25 à 27).

Nous savons que, suite à l’affaire Taxil, sainte Thérèse entra dans une nuit profonde de la foi, moins longue toutefois que celle de Mère Teresa (n°25). Au cours de cette nuit, en répétant en grand nombre les actes de la foi (preuve qu’il y a bien un Credo), elle apprit de science certaine et vécue que les ténèbres ne pourront jamais éteindre la lumière, car elles ont été définitivement vaincues par le Christ (n°26).

Dans la nuit de la foi, Thérèse garda toujours sa confiance illimitée en la miséricorde divine (n°27). De ce fait, elle garda aussi une très ferme espérance dans la miséricorde divine (n°28-29) : pensons à son offrande pour Pranzini (n°28). Toujours consciente du drame du péché, elle avait pourtant la certitude que là où le péché a abondé, la grâce a surabondé (n°29).

 

Le Corps Mystique

Dans la troisième partie, le Pape commente la phrase de Thérèse : « dans le cœur de l’Église, ma Mère, je serai l’amour » (n°30 à 45) : la charité ne passera jamais (n°30). Elle est une attitude personnelle qui prouve notre amour véritable de Dieu, qui passe toujours par notre amour pour le prochain (n°31 à 34). Le commandement nouveau qui est dépeint dans l’Histoire d’une âme (n°31) a permis à Thérèse de faire sa demeure en Jésus.

Le symbolisme de l’amour conjugal exprime la réciprocité du don de soi. Thérèse, l’épouse du Cantique des Cantiques (n°32), avait la certitude, comme saint Paul et Pascal, que Jésus l’a personnellement aimée durant sa Passion (n°33). L’acte d’amour, « Jésus, je t’aime », fut constamment vécu par Thérèse (n°34), dans la plus grande simplicité et une profonde humilité (n°35 à 37) L’offrande comme victime d’holocauste à l’Amour miséricordieux et non à sa justice (n°35) poussa Thérèse, à l’imitation de Jésus, à l’amour jusqu’à la fin.

La charité vécue dans la petitesse et dans la simple vie quotidienne (n°36) permit à Thérèse d’accomplir héroïquement ce qu’il y a de plus ordinaire dans la vie. Marie a été la première à vivre la petite voie dans la foi pure et l’humilité. L’Histoire d’une âme narre les exemples concrets de la charité de Thérèse (n°37) : que l’on songe à mère Marie de Saint-Pierre !

Cette charité l’a fait vivre au cœur même de l’Église (n°38 à 41) : Thérèse a hérité de la Madre son amour pour l’Église (n°38). La métaphore du Corps mystique (I Co XII) vécue par Thérèse grâce à la charité (n°39) lui a permis d’exercer tous ses dons pour le Corps mystique de Jésus. Elle fut, au cœur d’une Église aimante, humble et miséricordieuse, l’image vivante de l’amour de Jésus percé par la lance (n°40).

Les conséquences de cette découverte par Thérèse (n°41) ont été énormes pour l’Église, qui, de son temps, était fortement teintée de jansénisme. Et le Pape revient longuement sur la pluie de roses (n°42 à 45) : Thérèse a toujours gardé le désir du Ciel, qu’elle voulait pour les autres, même au sein de sa nuit de la foi (n°42) Son désir du Ciel se transforma alors en un grand amour pour tous (n°43). Naquit alors un grand désir de faire beaucoup de bien après sa mort (n°44). Le cercle se referme : la confiance conduit à l’amour. Demandons avec instance pour nous et pour les autres le don gratuit de l’amour (n°45). 

 

L’actualité de sainte Thérèse

Dans la quatrième et dernière partie, « Au cœur de l’Évangile » (n°46 à 53), le Pape rappelle la fraîcheur de la source (n°46), et montre comment Thérèse fut docteur de la synthèse (n°47 à 52). Il parle longuement de son actualité (n°52) : Thérèse demeure très actuelle pour son don de soi, son radicalisme évangélique, sa lutte contre l’individualisme, son chemin de petitesse, son attention à l’autre et le soin qu’elle prend de lui, et enfin la redécouverte de la simplicité.

 

>> à lire également : Guerres carlistes (1/4) : Peut-on définir le carlisme ?

Un moine de Triors

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