La pause liturgique : Agnus Dei 16 (Féries per annum)

Publié le 20 Juin 2026
alléluia corps Agnus Dei

Messe 16 :

 

Commentaire musical

Agnus 16 Partition agnus


Voici un Agnus Dei très ancien, daté du X siècle, et représenté par de nombreuses sources manuscrites en provenance de toute l’Europe. Sa mélodie du 1er mode est très simple et alterne avec discrétion les courts passages syllabiques et de sobres formules neumatiques.

Toute la pièce se cantonne à l’intérieur de la quinte Ré-La, à l’exception de quelques Do graves qui jouent le rôle de sous-tonique, et de quelques Si naturels à l’aigu, qui mettent de la lumière dans cette composition humble et pourtant dotée d’un beau mouvement. Les première et troisième invocations, comme dans la plupart des Agnus Dei, sont identiques, et la seconde invocation fait preuve d’une vivacité renouvelée par rapport à la première invocation sur laquelle elle renchérit.

L’intonation, après son tout premier intervalle Mi-Sol encore incertain du point de vue modal, se déploie dans la tierce Ré-Fa, en faisant entendre comme note d’appui le Do grave. Cette intonation est large et pleine de complaisance, notamment sur la finale de Dei, très ferme. La mélodie monte ensuite, en reprenant l’intervalle initial Mi-Sol, mais pour atteindre très vite le La, dominante du 1er mode, sur laquelle un bref récitatif syllabique conduit à l’accent de mundi, bien mis en lumière avec son Si naturel. La retombée se fait sur le Sol puis sur le Mi, et on peut constater que les deux modes de Ré et de Mi voisinent avec bonheur tout au long de cette pièce.

Les mots miserére nobis offrent une variante mélodique de l’intonation dont on retrouve les cordes principales : le Sol et le Mi, le Fa et le Ré, ainsi que le Do. On peut remarquer que la formule mélodique de qui tollis peccáta mundi reproduit à peu de choses près l’intonation du Glória XV, et celle aussi du Te Deum, ou encore la formule probablement très ancienne du début de la préface romaine : per ómnia sæcula sæculórum. Cette formule s’apparente à une intonation psalmodique en deutérus plagal.

Et on la retrouve pour l’intonation de la seconde invocation qui, avec la suite et jusqu’au bout de cette seconde invocation, ressemble absolument à une formule de psalmodie solennelle en mode de Mi.

Il est très clair que les deux modes de Ré et de Mi se partagent cette pièce et contribuent tous les deux à lui conférer sa beauté sobre, paisible, et doucement mystique. Sa facture antique, son lien avec des formules récitatives de la messe, lui donnent un caractère vénérable. Il est facile d’aimer cette belle mélodie toute simple.

 

>> à lire également : Au service du chant grégorien

 

Un moine de Triors

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