> C’est logique ! de François-Marie Portes
En jouant avec les mots, on peut en venir à occulter leur sens réel et leurs conséquences. En s’appuyant sur une distinction des circonstances, on nous propose une GPA « éthique », oubliant que dissocier la maternité de la gestation est contre nature, divisant ce qui était uni.
I. Une étrange habitude moderne
Les philosophes antiques seraient interloqués par notre époque… Les sophistes de leur temps tentaient de vendre des contradictions à coups de grandes démonstrations. Aujourd’hui, les contradictions pullulent dans des pensées de slogans. Ainsi, nous n’avons plus seulement des guerres mais des guerres humanitaires. Nous n’avons plus seulement une surveillance, mais une surveillance bienveillante. Nous n’avons plus seulement une finance spéculative, mais une finance responsable. Et nous n’avons plus seulement une GPA, mais une GPA éthique. Le procédé est fascinant. Lorsque l’une pratique suscite une gêne morale spontanée, nous ne commençons plus par nous demander ce qu’elle est. Nous cherchons d’abord les adjectifs qui permettraient de la rendre acceptable. Pourtant, l’adjectif résout-il le problème ou permet-il simplement de le contourner ?
II. Ce que dit réellement la défense de la « GPA éthique »
Pour répondre honnêtement à cette question, il faut commencer par écouter les meilleurs arguments de ses défenseurs. La sociologue Irène Théry, spécialiste de la famille et de la filiation, distingue ainsi deux formes de GPA.
- D’un côté, une GPA instrumentale, pratiquée dans certains pays pauvres, où la misère économique conduit des femmes à devenir de véritables « incubateurs vivants ».
- De l’autre côté, existerait une GPA éthique. La femme serait libre de son consentement. Elle ne serait pas poussée par la nécessité économique. Elle choisirait les personnes pour lesquelles elle accepte de porter l’enfant. Les relations seraient transparentes, discutées à l’avance et encadrées juridiquement.
Ce raisonnement rappelle une vérité élémentaire souvent oubliée dans les débats passionnels : les circonstances comptent. Les intentions comptent également. Une action accomplie sous la contrainte n’est pas moralement équivalente à la même action accomplie librement. Sur ce point, la tradition morale classique donnerait largement raison aux défenseurs de la GPA éthique. Les théologiens médiévaux résumaient cette idée dans une formule devenue célèbre : Bonum causatur ex integra causa, malum autem ex singularibus defectibus. (1) Autrement dit, pour qu’un acte soit pleinement bon, il ne suffit pas qu’un seul de ses aspects soit…






