Dieu donnera la victoire !

Publié le 10 Sep 2025
dieu donnera la victoire

Salvator Mundi par le Titien, Musée de l’Hermitage.

> L’Éditorial du Père Danziec (n° 1838 – 13 septembre 2025)

 

« Dieu donnera la victoire » ? La belle affaire me répondrez-vous ! Mon Père, voyons, vivons-nous donc dans le même monde ?! Que faites-vous de la litanie de nos défaites depuis plus de deux siècles ? Devant le spectacle, triste et amer, de notre famille d’esprit, parlons-en de victoire ! Comme lors des guerres de Vendée ? Cathelineau fauché à Nantes, d’Elbée fusillé sur la plage de Noirmoutier et le chevalier de Charrette capturé telle une bête sauvage dans les bosquets de la Chabotterie ? Vous parlez d’une victoire !! Un désastre, une capilotade, vous dis-je ! Une virée de Galerne en majuscule.

Et l’on pourrait tirer ainsi sur le fil de l’Histoire, remonter jusqu’à aujourd’hui, pour se rendre compte, abasourdi, combien les actes manqués et les cuisantes désillusions se bousculent.

L’affaire du drapeau blanc en 1873, qui vit l’échec de la restauration monarchique, alors que la chambre était majoritairement catholique et royaliste. Faute d’un désherbant fleurdelysé, les idéaux de la Révolution finirent par prendre racine dans le sol en friche du doux royaume de France.

Une longue liste de déboires

Les années 1880-1882 qui virent l’avènement de Jules l’Imposteur – pour reprendre le titre de l’ouvrage rédigé par François Brigneau sur Jules Ferry –, principal artisan de la laïcisation de l’éducation. Ces lois ne visaient pas autre chose qu’à saper l’influence de l’Église. Elles conduiront de fait au renvoi pur et simple des congrégations religieuses, à la suppression des aumôneries dans les hôpitaux et à la nationalisation des biens du clergé


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On ne peut omettre d’évoquer dans cette liste de déboires la condamnation de L’Action Française par le pape Pie XI en 1926, avant la levée de l’interdit par Pie XII en 1939. Il ne s’agit pas tant ici de commenter cavalièrement l’opportunité de cette sanction romaine que de constater combien cette décision a durablement divisé les catholiques en France.

Comme défaite, comment ne pas noter aussi la laïcité de la Constitution de la Ve République en 1958, véritable rampe de lancement d’une suicidaire tournure d’esprit : l’impiété filiale. Dans cette veine, Jacques Chirac pouvait aisément refuser en 2004 que soient inscrites dans le projet de Constitution de l’Union européenne la reconnaissance des racines chrétiennes de l’Europe.

Mai 1968 et la décontraction morale des seventies s’accompagnaient de lois sociétales libéralisant la contraception, l’avortement, le divorce. La fin de vie, la PMA… et demain une GPA « éthique » comme l’a proposé cet été l’ancien Premier ministre Gabriel Attal, n’en sont que le développement logique.

Face à ces bouleversements anthropologiques, même les meilleures de nos résistances donnent le sentiment de déculottées : de La Manif pour Tous de 2013 aux déconvenues électorales de 2017 ou de 2022, la droite catho, la droite Trocadéro, désespère de croire en la victoire.


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L’institution ecclésiale

Et si nous voulions nous rassurer en regardant l’institution ecclésiale, nous voici plongés en plein ciel breton : quand enfin un rayon de soleil apparaît, à peine goûtons-nous ce regain de chaleur, que, hop, il semble fuir à nouveau, derrière des nuages plus ou moins sombres.

En 2005, Benoît XVI est élu. En 2013, il annonce sa renonciation. Summorum Pontificum est publié en 2007, la messe traditionnelle retrouve ses pleins droits et bénéficie d’une notabilité bienvenue. Puis surgit Traditionis Custodes en 2021, et la voilà à nouveau frappée de suspicion, priée de disparaître et sommée, en attendant, de se cantonner à une réserve d’Indiens… Ô mystère !

Après avoir écrit tout cela, vive apparaît la tentation de croire impossible tout redressement. Et pourtant, il faut l’affirmer tout net et clairement : Dieu donnera la victoire ! Cette conviction intime qu’un jour les bons seront récompensés et les mauvais condamnés, n’est pas seulement une question de foi et de justice, elle constitue le socle même de l’espérance chrétienne. À l’âme, elle procure un authentique réconfort.

Et quand on y réfléchit, nous distinguons en effet que par sa toute-puissance, par la sainteté de son Église et par le choix de l’avoir comme général dans notre combat spirituel, Dieu nous assure de sa victoire. Rien ne peine certainement autant Notre-Seigneur que de sentir un relent de défiance dans un cœur qui prétend vouloir le suivre.

Selon la formule du père Sertillanges, « Notre civilisation est une nappe d’eau dont la surface montre une triste écume et qui aura toujours ses bas-fonds ; mais entre les deux, un courant pur et fort circule, formé des hautes consciences chrétiennes façonnées par l’Église et des héritiers peut-être inconscients du passé chrétien.»

À l’heure de la rentrée, bien que la période des bains soit terminée, il nous appartient de nous plonger dans ce courant. Et de croire en ses vertus. Toujours.

 

>> à lire également : Les écoles hors contrat en plein essor malgré les contraintes

 

Père Danziec

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