Notre quinzaine : La dernière bataille ?

Publié le 04 Mar 2026
dernière bataille
> Éditorial de Philippe Maxence

 

En 1956, paraît à Londres le dernier tome des « Chroniques de Narnia » de l’écrivain anglo-irlandais C.S. Lewis. Son titre, The Last Battle (La Dernière Bataille), est particulièrement bien choisi pour marquer le terme de cette saga épique à hauteur d’enfants. Mais, derrière le choix éditorial, se trouve en fait une raison plus profonde, quasiment théologique.

Un des personnages de ce roman, le singe Shift, déguise en lion un âne censé représenter Aslan, le dieu de Narnia. Le rapprochement s’opère de lui-même. Comme le diable singe Dieu, le singe manipule l’âne pour le faire passer pour Dieu dans l’univers de Narnia. Et la dernière bataille qui s’ensuivra est l’ultime affrontement entre les armées du Bien et celle du Mal.

Sommes-nous entrés dans cette dernière phase ? Il est bien sûr impossible de répondre à cette question. Le temps n’appartient qu’à Dieu. Il n’en reste pas moins certain qu’un véritable renversement est en train de s’opérer sous nos yeux avec la légalisation prochaine de l’euthanasie et du suicide assisté.

L’ultime renversement ?

Comme pour l’avortement, il s’agit là d’un fruit mûri par de longues années de militantisme, combinant action politique et action culturelle. Comme pour l’avortement, nous assistons à un renversement anthropologique décisif, rompant avec des millénaires d’humanité et des siècles de christianisme. Le vertige devrait nous saisir devant ce qui se joue sur les bancs feutrés de l’Assemblée nationale. La vie innocente et la vie fragilisée, les deux bouts de la chaîne humaine, sont condamnées à mourir par décision humaine, gravée dans le marbre d’une loi.


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Comme l’a très bien fait remarquer devant ses collègues parlementaires le jeune député Vincent Trébuchet (UDR), ce renversement est passé par celui du sens des mots, singeant (là encore) la véritable signification de ce qu’est la vraie conception de la liberté, de l’égalité et de la fraternité et, aurait-il pu ajouter, de la dignité (cf. la rubrique « C’est logique » de ce numéro). Avec courage, il n’a d’ailleurs pas hésité à pointer nommément la responsabilité maçonnique dans ce combat en faveur de l’euthanasie.

Effet de la jeunesse ou d’une espérance chevillée au corps ? Quoi qu’il en soit, Vincent Trébuchet est allé, à raison, beaucoup plus loin en annonçant qu’une telle loi serait un jour abolie. À nous, à nos enfants ou à nos petits-enfants, il revient d’entamer ce qui sera peut-être la dernière bataille mais qui mérite d’être menée jusqu’au bout pour l’honneur de Dieu et le respect de sa Création. 

La vertu de force

L’assassinat effroyable du jeune Quentin, tabassé à mort par des nervis gauchistes, est là pour nous rappeler que la haine n’a pas de limite et que son déchaînement peut être total. Elle nous remémore aussi que nous ne pouvons pas combattre avec les armes de nos adversaires en adoptant, dans un emportement mimétique, les méthodes de l’ultragauche. Il ne s’agit évidemment pas de récuser la force, mais simplement de ne pas oublier qu’elle est une vertu, ordonnée de ce fait au Bien, afin que nous le pratiquions sans défaillance, spécialement en face du danger et de la mort.


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Saint Thomas d’Aquin souligne d’ailleurs avec justesse que « la vertu de force a pour fonction d’écarter l’obstacle qui empêche la volonté d’obéir à la raison » (Somme théologique, IIa-IIae, 123, 3). Encore faut-il faire usage de celle-ci, ce qui demande une (vraie) formation et un véritable entraînement.

Cette vertu de force, nous avons plus que jamais besoin de l’exercer en ces temps de la dernière bataille.

« Pour posséder cette vertu en toute sa plénitude, écrit encore saint Thomas, il faut avoir pu se préparer, par une longue méditation antérieure, à sacrifier tous ses biens particuliers et, en premier lieu, sa vie personnelle, au bien de tous qui l’emporte, pour toute âme noble, sur le bien individuel » (Commentaire sur le livre III de l’Éthique à Nicomaque, c. 6).

C’est-à-dire, précise à son tour Marcel De Corte (qui cite ce passage de l’Aquinate), le bien commun (De la force, DMM, p. 15). 

La légalisation de l’avortement comme celle de l’euthanasie et du suicide assisté impliquent une réponse à la mesure de ces enjeux, qui ne sont ni plus ni moins cruciaux. Elles imposent que les catholiques et les hommes de bonne volonté ayant encore gardé une certaine conscience de la loi naturelle évaluent le degré possible de collaboration avec le système pourvoyeur de ces « lois » mortifères.

Devant ces décisions politiques en faveur du Mal, il faudrait certainement que nous osions également nous reposer la question des conditions politiques pour mettre fin à la mort légalisée et promouvoir des lois facteurs de justice, de paix et d’unité.

 

>> à lire également : C’est logique ! | Manipuler les mots pour fabriquer l’opinion

 

Philippe Maxence

Philippe Maxence

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